16/07/2026
Chronique 391
Démasquer les faussaires du vin
« 10 % des grands vins sont des contrefaçons. Les plus concernés sont Petrus, Romanée Conti, château Latour à Pauillac, Lafite Rothschild, Lafleur à Pomerol, Cheval Blanc à Saint-Emilion et Henri Jayer en Bourgogne. Et cette contrefaçon s'étend à des bouteilles moins couteuses » signale l'expert Michael Egan.
Chronique 391 (16 juillet 2026)
A mes papilles, le mot contrefaçon sonne fort. Définition des vins Outsiders et statut des mauvaises bouteilles animent mon palais. Or, dans toutes les histoires spectaculaires de contrefaçon (Hardy Rodenstock pour les vins achetés par Thomas Jefferson ou Rudy Kurniawan pour le Clos Saint Denis de chez Ponsot et les faux Romanée Conti), la qualité du goût ne compte pour rien. Drapé dans l'étendard paré de noblesse de la subjectivité, jamais le goût, sa nature aromatique, sa définition physique au palais n'a contribué à mettre sur la touche ces vins mensongers. Et même si le livre au titre moqueur « The billionnaire's Vinegar » semble illustrer la picrate contenue dans ces bouteilles, ce n'est qu'un rapprochement de bons mots sans fondement gustatif. Pire, en 1995, Robert Parker a accordé un 100/100 à un faux Petrus 1921. C'est regrettable pour la cause de l'unicité du goût, mais cela ne m'étonne guère tant son palais était prévisible. Qu'y avait-il donc dans ces bouteilles ? Hélas aucune enquête ne l'a jamais révélé. Mais alors, comment fournir la preuve de la faute ? Michael Egan répond par son imprégnation de l'expérience, son long usage répété de l'observation des anciennes bouteilles, des étiquettes usées, des graphismes, de la ponctuation et des comparaisons culturelles entre les usages du passé et du présent. Par avidité, le prétendu négociant Hardy Rodenstock a choisi de tricher avec des magnums de Petrus 1921 plutôt que les bouteilles. Or, en 1921, Petrus n'a pas produit de gros contenants. De son côté, depuis la Californie où il oeuvrait dans les clubs de luxe du vin, Rudy Kurniawan a omis de s'instruire de la culture bourguigonne. En 2008 à New York, il a fait l'erreur de mettre en vente aux enchères du Clos Saint Denis 1945, 1949, 1959, 1962, 1966 quand sa production au domaine Ponsot n'existe que depuis… 1982. Michael Broadbent, réputé critique et grand connaisseur anglais, directeur de Christie's dont j'avais apprécié le retour sobre et élogieux sur mon travail à la fin des années 1990, n'a pas vérifié à la loupe la signature de Thomas Jefferson sur les bouteilles de Lafite 1787 ou encore Yquem 1784. C'est donc....
« 10 % des grands vins sont des contrefaçons. Les plus concernés sont Petrus, Romanée Conti, château Latour à Pauillac, Lafite Rothschild, Lafleur à Pomerol, Cheval Blanc à Saint-Emilion et Henri Jayer en Bourgogne. Et cette contrefaçon s'étend à des bouteilles moins couteuses » signale l'expert Michael Egan.
Chronique 391 (16 juillet 2026)
A mes papilles, le mot contrefaçon sonne fort. Définition des vins Outsiders et statut des mauvaises bouteilles animent mon palais. Or, dans toutes les histoires spectaculaires de contrefaçon (Hardy Rodenstock pour les vins achetés par Thomas Jefferson ou Rudy Kurniawan pour le Clos Saint Denis de chez Ponsot et les faux Romanée Conti), la qualité du goût ne compte pour rien. Drapé dans l'étendard paré de noblesse de la subjectivité, jamais le goût, sa nature aromatique, sa définition physique au palais n'a contribué à mettre sur la touche ces vins mensongers. Et même si le livre au titre moqueur « The billionnaire's Vinegar » semble illustrer la picrate contenue dans ces bouteilles, ce n'est qu'un rapprochement de bons mots sans fondement gustatif. Pire, en 1995, Robert Parker a accordé un 100/100 à un faux Petrus 1921. C'est regrettable pour la cause de l'unicité du goût, mais cela ne m'étonne guère tant son palais était prévisible. Qu'y avait-il donc dans ces bouteilles ? Hélas aucune enquête ne l'a jamais révélé. Mais alors, comment fournir la preuve de la faute ? Michael Egan répond par son imprégnation de l'expérience, son long usage répété de l'observation des anciennes bouteilles, des étiquettes usées, des graphismes, de la ponctuation et des comparaisons culturelles entre les usages du passé et du présent. Par avidité, le prétendu négociant Hardy Rodenstock a choisi de tricher avec des magnums de Petrus 1921 plutôt que les bouteilles. Or, en 1921, Petrus n'a pas produit de gros contenants. De son côté, depuis la Californie où il oeuvrait dans les clubs de luxe du vin, Rudy Kurniawan a omis de s'instruire de la culture bourguigonne. En 2008 à New York, il a fait l'erreur de mettre en vente aux enchères du Clos Saint Denis 1945, 1949, 1959, 1962, 1966 quand sa production au domaine Ponsot n'existe que depuis… 1982. Michael Broadbent, réputé critique et grand connaisseur anglais, directeur de Christie's dont j'avais apprécié le retour sobre et élogieux sur mon travail à la fin des années 1990, n'a pas vérifié à la loupe la signature de Thomas Jefferson sur les bouteilles de Lafite 1787 ou encore Yquem 1784. C'est donc....


