14/03/2026
Chroniques 387-388
Les Bordeaux 1995, trente ans après
Bordeaux, le 15 mars 2026
Ne pas remettre à demain ce que l'on peut boire le jour même ! Et tant pis pour la doxa du vin
Il ressort de cette dégustation une sensation d'acidité, perception jamais perçue jusqu'alors ! Elle surprend dès les premières séries. Puis, on s'habitue avant que des crus plus vifs nous rappellent son inattendue présence dans un millésime à l'été sec. Et justement. Entre ce manque d'eau et le volume de récolte important à mûrir, des blocages de maturité par stress de la plante n'ont pas éliminé l'acidité. Ce phénomène, bien connu sur les jeunes vignes, s'aggrave sur les sols très filtrants sablo-graveleux. La sélection aidant, ce risque propre à 1995 semblait éliminé. Alors, pourquoi le sentir maintenant, sans qu'il ait été gênant auparavant ? Voici quelques hypothèses. Tout comme la succession des dégustations des vins de 2015 avait révélé des lourdeurs induites par les hauts degrés d'alcool, je suis tenté de croire que cette série de 28 vins a additionné peu à peu cette acidité pour dépasser le seuil de perception. On sait que les 1995 possèdent souvent un tannin rigide en finale. Cette fermeté est induite par une acidité sous-jacente. Cependant, ce n'est jamais allé jusqu'à dire « c'est acide ». Cette multiplication de bouteilles nous a joué des tours !
J'y vois une autre raison. Dès lors que la qualité moyenne s'élève, je considère que le goût du vin se modifie chaque cinq ans. Or, Bordeaux vient de vivre quarante années fastes. Dans les années 2000, nous avions du mal à apprécier les vins des années 60-70. Nous voici peut-être concernés par une situation identique, soit une modification imperceptible de notre référentiel de jugement. En somme, le goût d'une époque faisant face à une autre. A la frustration générée, je ne vois qu'une solution : servir le vin lorsqu'il est bon et au moment où on l'aime. Ne pas remettre au lendemain, ce que l'on pourrait boire le jour même, puisque le temps perdu ne se rattrape jamais ! Château Margaux 1995, premier vin auquel j'ai attribué deux fois 20/20 à neuf ans d'intervalle aurait dû subir ce sort. Bouchonné dans la présente dégustation, j'ai ouvert une autre bouteille. Au nez sa séduction fascine. Après trois gorgées en bouche, l'acidité trouble la fête. Trois personnes à table ont délaissé la bouteille. Parallèlement, lors d'un déjeuner à quatre, nous avons éclusé un Brane Cantenac 2015 suivi d'un Canon 2012. Sans décantation, sans réfléchir à l'association avec les plats. Juste parce que c'était délicieux. Alors, retrouverai-je l'intensité du trouble émotionnel lié à cette fameuse bouteille, comme en 2007 et 1998 ? Hélas, je crains que non. Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras. Cependant, pour le vin, on n'y pense pas ! Aux bons apôtres de sa doxa : résistez !
Les résultats...
L'évolution des 1995...
Comment se goûtaient ces vins en 2005 après 8 ans de bouteilles ?...
En 2015, après 18 ans de bouteilles...
En 2025, après 28 ans de bouteilles...
A propos du bouquet de vieillissement...
Les deux bouteilles de Lafite...
Ordre de dégustations à l'aveugle...
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Bordeaux, le 15 mars 2026
Ne pas remettre à demain ce que l'on peut boire le jour même ! Et tant pis pour la doxa du vin
Il ressort de cette dégustation une sensation d'acidité, perception jamais perçue jusqu'alors ! Elle surprend dès les premières séries. Puis, on s'habitue avant que des crus plus vifs nous rappellent son inattendue présence dans un millésime à l'été sec. Et justement. Entre ce manque d'eau et le volume de récolte important à mûrir, des blocages de maturité par stress de la plante n'ont pas éliminé l'acidité. Ce phénomène, bien connu sur les jeunes vignes, s'aggrave sur les sols très filtrants sablo-graveleux. La sélection aidant, ce risque propre à 1995 semblait éliminé. Alors, pourquoi le sentir maintenant, sans qu'il ait été gênant auparavant ? Voici quelques hypothèses. Tout comme la succession des dégustations des vins de 2015 avait révélé des lourdeurs induites par les hauts degrés d'alcool, je suis tenté de croire que cette série de 28 vins a additionné peu à peu cette acidité pour dépasser le seuil de perception. On sait que les 1995 possèdent souvent un tannin rigide en finale. Cette fermeté est induite par une acidité sous-jacente. Cependant, ce n'est jamais allé jusqu'à dire « c'est acide ». Cette multiplication de bouteilles nous a joué des tours !
J'y vois une autre raison. Dès lors que la qualité moyenne s'élève, je considère que le goût du vin se modifie chaque cinq ans. Or, Bordeaux vient de vivre quarante années fastes. Dans les années 2000, nous avions du mal à apprécier les vins des années 60-70. Nous voici peut-être concernés par une situation identique, soit une modification imperceptible de notre référentiel de jugement. En somme, le goût d'une époque faisant face à une autre. A la frustration générée, je ne vois qu'une solution : servir le vin lorsqu'il est bon et au moment où on l'aime. Ne pas remettre au lendemain, ce que l'on pourrait boire le jour même, puisque le temps perdu ne se rattrape jamais ! Château Margaux 1995, premier vin auquel j'ai attribué deux fois 20/20 à neuf ans d'intervalle aurait dû subir ce sort. Bouchonné dans la présente dégustation, j'ai ouvert une autre bouteille. Au nez sa séduction fascine. Après trois gorgées en bouche, l'acidité trouble la fête. Trois personnes à table ont délaissé la bouteille. Parallèlement, lors d'un déjeuner à quatre, nous avons éclusé un Brane Cantenac 2015 suivi d'un Canon 2012. Sans décantation, sans réfléchir à l'association avec les plats. Juste parce que c'était délicieux. Alors, retrouverai-je l'intensité du trouble émotionnel lié à cette fameuse bouteille, comme en 2007 et 1998 ? Hélas, je crains que non. Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras. Cependant, pour le vin, on n'y pense pas ! Aux bons apôtres de sa doxa : résistez !
Les résultats...
L'évolution des 1995...
Comment se goûtaient ces vins en 2005 après 8 ans de bouteilles ?...
En 2015, après 18 ans de bouteilles...
En 2025, après 28 ans de bouteilles...
A propos du bouquet de vieillissement...
Les deux bouteilles de Lafite...
Ordre de dégustations à l'aveugle...
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